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QUI ES-TU ALASKA ? – JOHN GREEN
L’histoire
S’ennuyant dans son lycée de Floride où il n’a pas d’amis et voulant partir en quête de son « Grand Peut-Etre », Miles Halter, 16 ans, décide de partir poursuivre ses études en Alabama, au pensionnat de Culver Creek. Là il fait la connaissance de Chip Martin (son camarade de chambre, dit Le Colonel), de Takumi (un étudiant japonais) mais surtout de celle qui semble être le ciment de cette petite bande : la mystérieuse et sexy Alaska Young. Mais un tragique évènement va venir tout bouleverser…
L’avis de la lectrice !
Un auteur adulé à la fois par la blogosphère – l’anglophone aussi bien que la francophone – et les critiques professionnels, un premier roman unanimement acclamé et ayant reçu un prix, une histoire qualifiée de bouleversante, renversante et de tout plein d’autres adjectifs en « ante »...Que demande le peuple la lectrice, me direz-vous ? Rien sinon l’éblouissement auquel elle est en droit de s’attendre : c’est donc pleine de confiance que j’ai embarqué sur la Green Airlines, certaine d’effectuer un voyage inoubliable. Alors non, je ne me suis pas crashée en plein vol, loin de là. Mais je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver une légère déception à l’atterrissage.
Pourtant, j'aurais aimé adorer ce roman ! Car, pour commencer, c’est très bien écrit. Le style est certes simple mais le ton du récit sonne toujours juste – y compris les nombreuses références littéraires que l’auteur a réussi à inclure sans qu’elles ne paraissent prétentieuses ou artificielles. John Green est également parvenu à me faire lire sans broncher – et même en souriant – une scène qui en principe aurait dû mettre mal à l’aise la petite chose pudique que je suis : j’ai beaucoup de mal avec les scènes explicites, surtout si les personnages sont jeunes. Et jeunes ils le sont, nos protagonistes ! Alaska, Chip, Miles, Takumi & Co ont tous les travers typiques de la jeunesse de notre époque : ils fument, picolent, s’envoient en l’air (ou du moins, essaient) et défient l’autorité…bref, ils transgressent allègrement les règles mais pas par vraie rébellion : ils le font parce qu’en tant qu’adolescents, c’est ce qu’ils sont censés faire, un peu comme s’il s’agissait d’un commandement inscrit dans La Bible des Teenagers.
C’est probablement l’une des choses qui font que je n’ai pas accroché au livre autant que je ne m’y attendais, parce que bien que ma propre adolescence ne soit pas si lointaine, j’ai du mal à me reconnaître dans cette actuelle génération de jeunes à l’attitude blasée, style on est revenus de tout, y compris de la vie, alors qu’ils n’ont même pas encore commencé à vivre. Or dans le roman, ce trait est parfois un peu forcé et les personnages auraient pu tomber dans le pur cliché si Green n’avait pas compensé en leur faisant quand même prendre leurs études au sérieux et en les dotant de petites manies singulières mais attachantes – comme l’habitude d’Alaska de courir les vide-greniers pour acheter des livres qu’elle entasse ensuite par centaines dans sa chambre, la passion de Miles pour les biographies et les toutes dernières paroles de personnages célèbres ou bien encore l’obsession de Chip pour les capitales.
Oui, elle est attachante cette petite bande d’ados plus ou moins paumés ; néanmoins, et c’est l’un des bémols de ce livre pour moi, on n’apprend jamais vraiment à les connaître. J’aurais aimé que l’auteur nous offre une plongée plus profonde dans la psychologie de ses personnages, plus particulièrement celle d’Alaska. Alaska qui restera un mystère du début à la fin, la question posée dans le titre du roman, Qui es-tu Alaska ?, ne trouvant aucune réponse…ce que je déplore justement ! Car elle est sacrément intrigante cette Alaska, entre son curieux prénom qu’elle a elle-même choisi sur le globe terrestre, son goût pour la littérature, ses sautes d’humeur, son féminisme et son génie pour mettre au point des farces. On comprend pourquoi ses camarades sont si fascinés par elle. Un personnage au potentiel énorme qui n’est hélas suffisamment pas exploité et dont on se rend compte en refermant le livre qu’il n’a constitué que le prétexte du récit. Et avec un protagoniste tel qu’Alaska Young, c’est véritablement du gâchis ! De plus, cette superficialité des personnages nuit à l’intensité des émotions que l’on ressent envers eux, ce qui, là encore, est dommage.
Autre point où le roman a péché pour moi, c’est dans sa prévisibilité. Le récit est divisé en deux parties, avant et après le fameux bouleversement, chacune d’entre elles étant composée de chapitres aux titres en forme de décompte (« cent neuf jours avant », « vingt jours après »). Au début, cela suscite naturellement notre curiosité : avant quoi ? Cependant, plus on avance dans la première partie, plus il est facile de déterminer quel va être la nature de l’évènement : il n’y a donc aucune surprise lorsque celui-ci survient. De même dans la seconde partie : la petite bande part à la recherche de l’élément déclencheur de cet évènement…élément qui est tellement aisé à deviner qu’il n’y a absolument aucun suspense pour le lecteur.
Au final, Qui es-tu Alaska ? m’a laissé l’impression d’une expérience qui aurait pu être sensationnelle et qui a seulement été agréable. Attention, comprenons-nous bien : c’est un bon roman jeunesse, drôle et émouvant, très bien écrit et bourré de jolies (et parfois fort pertinentes) réflexions sur la vie – mais qui ne sort pas réellement du lot comme on me l’avait laissé entendre. Et pourtant je ne peux m’empêcher de penser qu’il n’en est pas passé loin. Qui est-tu Alaska ? avait vraiment le potentiel pour être une vraie bombe dans sa catégorie, mais John Green a probablement manqué un tout petit peu de maîtrise dans son exécution. Il est également possible que j'aurais plus aimé ce roman si j'avais été plus jeune ; peut-être qu'à l'adolescence, il aurait effectivement été une bombe pour moi.
Ceci dit, il s’agit après tout du premier livre de John Green et je lirai ses œuvres suivantes avec grand plaisir !
Par Caro.
Juin 2012. |
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