Edito

28 avril : Bev a décidé de s'accorder des petites vacances, durant lesquelles elle va subir une révision générale et fera peau neuve pour revenir plus en forme que jamais ! A bientôt :)

 

14 mai : Bev repointe brièvement le bout de son nez pour une chronique avec une nouvelle formule pour un gros coup de coeur, Blitz de Connie Willis <3

 

Grand écran
DARK SHADOWS

L’histoire

18ème siècle. Barnabas Collins a tout pour être heureux : il est jeune, beau, et ses parents règnent sur une prospère industrie de pêche dont il est le seul héritier. Mais il commet l’erreur de séduire Angélique Bouchard, l’une de ses domestiques, avant de l’abandonner pour se fiancer à une jeune fille de son monde, Josette. Furieuse, Angélique, sorcière ayant vendu son âme au diable pour devenir immortelle,  décide de se venger en lançant un sort à Josette pour la pousser à se jeter du haut d’une falaise, tout en faisant de Barnabas un vampire, avant de l’enterrer vivant.

Il faudra deux siècles à ce dernier avant de pouvoir sortir de sa tombe et de retourner au manoir de Collinswood, où vivent désormais certains de ses descendants. Mais Angélique est toujours dans les parages…

 

L’avis de la spectatrice !

Parfois je me dis que, d’une façon ou d’une autre, le gène de l’incapacité à détester un film impliquant le duo Tim Burton/Johnny Depp s’est gravé dans mon ADN la toute première fois où, encore gamine, j’ai vu Edward aux mains d’argent. Même le seul qui ne m’a pas vraiment plu, Sweeney Todd, je n’ai pas réussi à le détester. Autant vous dire que je suis allée voir ce Dark Shadows avec un préjugé plus que favorable. Verdict ? J’ai beaucoup aimé, même s’il y a quelques bémols et que je l’ai trouvé inégal.

 

Dark Shadows joue énormément sur les contrastes et le décalage, et c’est ce qui en constitue d’ailleurs l’un des principaux atouts. Ainsi le film démarre avec des scènes aux tonalités plutôt claires, évoquant la fondation de la petite ville de Collinsport et le bonheur familial ; avant de basculer dans le bleu nuit et le ciel d’orage à partir du moment où Angélique lance sa malédiction. La séquence dans laquelle Josette se jette du haut d’une falaise et où Barnabas se transforme en vampire est d’un esthétisme saisissant : on a plus l’impression d’être devant une succession de tableaux peints que d’images filmées. Fondu enchaîné et voilà 1972 sur fond de Nights in White Satin. Barnabas se retrouve deux siècles après son ère, et naturellement, il est en complet décalage avec l’époque (tandis que le spectateur lui, est également en décalage – j’ai trouvé la mise en abyme intéressante). Et force est de constater qu’en dépit de son côté rebattu, le comique lié aux décalages temporaux fonctionne toujours, donnant ici lieu à quelques moments délicieusement absurdes, comme lorsqu’apercevant le grand M qui symbolise un fast-food bien connu, Barnabas le prend pour l’initiale de Méphistophélès, le diable.

 

Le contraste visuel se poursuit également lorsque Barnabas se retrouve au manoir : obscur et poussiéreux, celui-ci se voit parfois égayé par des touches de couleur jurant horriblement avec les teintes sombres dominantes : les cheveux orange du personnage d’Helena Bonham-Carter ou l’armoire à macramés de celui de Michelle Pfeiffer. Et que dire de la scène où Barnabas se retrouve assis au milieu d’un groupe de hippies ou de celle du bal disco organisé au château ? Tout simplement hilarantes ! L’ambiance Dracula meets the Flower Power est très réussie et j’ai trouvé que toute cette partie centrale était la meilleure du film.

 

La panoplie du gothique est présente au grand complet : manoir lugubre et délabré, domestiques croulants un peu flippants, passages secrets, apparitions de spectres. Sans oublier Barnabas le vampire (Johnny Depp) et Angélique la sorcière devenue une redoutable femme d’affaires (Eva Green), auxquels il faut ajouter la famille dysfonctionnelle. D’abord Elizabeth Collins Stoddard (Michelle Pfeiffer), en châtelaine désabusée ; et son frère Roger (Jonny Lee Miller), séducteur sur le retour. Puis Caroline (Chloe Grace Moretz), la fille adolescente d’Elizabeth, évidemment rebelle et incomprise ; et David (Gulliver McGrath), le fils de Roger, enfant traumatisé par la mort de sa mère. Ce dernier a droit à une psychiatre à domicile, la très farfelue Dr Julia Hoffman (Helena Bonham Carter), ainsi qu’à une jeune gouvernante qui cache un passé perturbé, Victoria Winters (Bella Heathcote).

 

Un casting franchement réussi même si j’ai trouvé que le talent de la plupart des acteurs n’était pas assez exploité. Johnny Depp est impeccable comme d’habitude et son interprétation très « belalugosienne » du vampire est tordante…mais c’est justement là où le bât blesse : pour moi, il est trop sobre dans ce film. Je fais en effet partie de celles qui n’aiment jamais autant Johnny que quand il part dans la démesure complète et avec un tel rôle (d’autant que je si je ne dis pas de bêtises, c’est la première fois qu’il incarne un vampire), il y avait vraiment de quoi se lâcher ! Il le fait, certes, mais pas autant que je ne m’y attendais et sur ce coup-là, je suis restée sur ma faim.

 

Mais peut-être est-ce dû au fait que le Johnny se fait légèrement piquer la vedette par ces dames – d’ailleurs Jonny Lee Miller, l’autre figure masculine du film est quasi-transparent. Michelle Pfeiffer (qui devrait se montrer plus souvent au cinéma, histoire qu’on n’oublie pas qu’elle est quand même une très bonne actrice – qui a cependant malheureusement abusé de la chirurgie esthétique !) m’a beaucoup plu ici, mais son rôle aurait mérité d’être un peu plus étoffé. De même pour Helena Bonham-Carter qui est largement sous-exploitée, sans parler du fait qu’on ne comprend bien à quoi son rôle rime, son personnage ne servant pas à grand-chose. En revanche, Eva Green est largement mise en valeur et est parfaite en belle plante vénéneuse avide de vengeance (par contre ça ne lui va pas du tout d’être blonde, ça l’enlaidit !). Les jeunes Chloe Grace Moretz (que j’avais trouvée excellente dans Kick Ass, même si j’avais détesté le film et que le rôle qu’elle y jouait m’avait beaucoup choquée) et Bella Heathcote tirent également leur épingle du jeu.

Autre bémol : la dernière partie du film n’est pas à la hauteur du reste. Le jeu des contrastes y disparaît et par conséquent, ça devient plus classique et moins drôle – même s’il y demeure quelques trouvailles, comme le cœur brisé d’Angélique, image que j’ai adorée. Ensuite, la fin vire franchement au n’importe quoi, mais au n’importe quoi incompréhensible, ce qui gâche un peu l’ensemble.

 

Au final, on retrouve dans Dark Shadows l’esthétique et les obsessions burtoniennes, pour le plus grand plaisir de ses fans dont je suis, mais les personnages (ainsi que les relations qu’ils entretiennent) aussi bien que les acteurs qui les incarnent ne sont pas suffisamment exploités, et le tout laisse l’impression d’un manque de profondeur. En bref, un bon cru tout de même, mais loin d’être le meilleur de Tim Burton !

 

Par Caro

Mai 2012.

Commentaires
Frankie (posté le 22/05/2012 à 23:48:23)
Je l'ai vu ce matin et je te rejoins tout à fait dans ton avis. En fait, j'ai eu l'impression que Burton tournait un peu en rond avec ce film (que j'ai cependant apprécié) et qu'il nous sortait des choses qu'on avait déjà vues et revues dans ses précédentes réalisations. J'ai aussi été ravie de revoir Michelle Pfeiffer.
Charlie (posté le 23/05/2012 à 14:21:12)
Eh bien qui l'eut crû! Je suis globalement d'accord avec toi et pourtant moi je ne suis pas un fan invétérée de Tim^^. En effet, j'ai trouvé que la première moitié du film était délicieuse. On rigole beaucoup. Il y a juste ce qu'il faut de macabre (les spectres font drôlement peur par contre!). Et puis plus le film avance plus on se demande où cela va nous mener (je ne me suis pas ennuyée une seule seconde cela dit!) et la réponse est pas bien loin. Je trouve l'histoire de fond un peu creuse et pas du tout développée! Et alors cette fin : pour le coup on tombe dans le macabre tout court alors que jusque là c'était si habilement mené. En plus j'ai trouvé que c'était la complète surenchère des créature : vampire (ok), sorcière (ok à la limite), mais loup-garou (de qui se moque-t-on?). Un bouquet final certes explosif (le coup du coeur c'était extra tu as raison, même celui de la porcelaine) mais décevant! On a un goût d’inachevé qui nous laisse sur une note un peu négative. En revanche, gros big up pour la B.O qui est topissime! (euh je crois que c'est tout... mais c'est déjà pas mal non? ^^)
Caro (Bev) (posté le 23/05/2012 à 17:47:34)
@Frankie : effectivement, on retrouve les thèmes de prédilection de Burton, mais c'est vrai qu'ici ils sont moins bien amenés que dans d'autres films. @Charlie : haha, comme quoi ! Complètement d'accord avec toi ! J'ai oublié de parler de la BO qui est effectivement top.
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