Edito

Pour vous parler d'un énorme coup de coeur, j'ai papoté avec les personnages de ce roman : Blitz, de Connie WillisQuand on lâche deux catastrophes ambulantes (Meilleure Amie Bis et moi) dans Rome ça donne ça : Vacances italiennes ou les douées à Rome, épisode 1 !

Young Adult
DAUGHTER OF SMOKE & BONE (T1) – LAINI TAYLOR

L’histoire

Karou vit à Prague où elle étudie dans une école d’arts. Elle possède un don pour le dessin et passe son temps à remplir des carnets de croquis, du moins lorsqu’elle ne joue pas les filles de courses pour Brimstone, l’une des quatre chimères qui ont élevé Karou. Brimstone exerce la profession de marchand de vœux et tient une boutique possédant la faculté d’offrir un accès instantané à de nombreux endroits du globe, dans laquelle il vend des souhaits en échange de dents, animales ou humaines.

C’est alors que des empreintes de main gravées par le feu commencent à apparaître sur chacune des portes menant à la boutique un peu partout dans le monde. Des empreintes qui, selon des témoins, semblent avoir été laissées par des anges…Serait-ce une déclaration de guerre ?

 

 

L’avis de la lectrice !

Certes, le marchand de vœux n’était pas ravi qu’elle utilise un des scuppies – souhaits mineurs contenus dans des perles africaines – qu’elle porte toujours en collier, mais Karou en rêvait alors elle l’a fait : désormais, ses cheveux poussent naturellement bleus. Et tant pis si ça rend Brimstone grincheux.

 

Ajoutez à cela un caractère bien trempé, une passion pour le dessin, des yeux tatoués sur les paumes de ses mains ainsi que des origines mystérieuses, et vous obtenez une héroïne aussi singulière qu’intrigante. En effet, la personnalité et l’existence atypiques de Karou nous rivent au récit dès les premières lignes et font de ce personnage l’un des points forts du roman. D’autant que l’auteur a su la rendre aussi captivante que touchante, en faisant d’elle un être solitaire et pratiquement livrée à elle-même. La jeune fille de 17 ans ignore tout de son passé et la seule famille qu’elle ait jamais connue sont les chimères qui l’ont élevée. Depuis qu’elle est assez âgée pour avoir quitté la boutique et vivre seule, Karou se sent encore plus isolée. Certes, elle a une meilleure amie, Zuzana, et elle a même eu un petit copain, mais la double vie qu’elle est contrainte de mener l’oblige à leur mentir sans cesse. Karou souffre terriblement de la solitude, une solitude aggravée par le fait qu’elle ne connaît pas ses propres origines et qui lui cause une sensation de vide permanent.

 

Les quatre chimères (créatures hybrides composées de plusieurs animaux ou d’un mélange entre formes animale et humaine) constituent également une  énigme, aussi bien pour Karou que pour le lecteur. Certes, elles sont tout ce qu’elle a au monde et elle entretient avec eux des relations d’ordre filial : Issa représente la grande sœur confidente, Yasri fait office de mère nourricière et Brimstone joue les figures paternelles. Mais Karou ne sait pas vraiment qui elles sont ni d’où elles viennent. De même qu’elle ignore à quoi les dents – ces dents que Brimstone l’envoie récolter un peu partout dans le monde – servent réellement. Brimstone lui cache beaucoup de choses et Karou commence à en avoir de plus en plus assez d’être ainsi tenue à l’écart, d’autant qu’elle pressent que tous ces secrets que les chimères s’obstinent à garder sont liés à son mystérieux passé. Mais lorsque les anges coupent tous les accès à la boutique de Brimstone, séparant ainsi Karou des siens, elle ne va avoir de cesse de les retrouver.

 

Tous ces éléments rendent la première partie de Daughter of Smoke & Bone si inventive et si fascinante (d’autant qu’elle se déroule dans la sublime ville de Prague, dont les descriptions enchanteresses donnent envie de sauter illico dans le prochain vol en partance pour la capitale tchèque) qu’on ne peut s’empêcher d’éprouver une légère déception lorsque le chemin de Karou croise celui d’Akiva – un ange guerrier qui essaie de la tuer lors de leur première rencontre – et que l’on comprend qu’on va nous faire une fois de plus le coup de la passion impossible entre deux membres de clans ennemis. Surtout qu’Akiva, bien qu’il soit un protagoniste intéressant, est cependant loin d’être aussi charismatique que Karou (ou que Madrigal, un autre personnage féminin dont on fait la connaissance dans la dernière partie du livre) et souffre un peu de la comparaison. Flûte, flûte, flûte, se dit-on alors, navré de voir que l’auteur, que l’on pensait plus novatrice, a cédé au sempiternel cliché de l’amour au premier regard et insiste de plus sur le fait que Karou, qui a toujours eu l’impression d’être en partie vide, se sent désormais complète en présence d’Akiva...qu’elle connaît depuis cinq minutes. Néanmoins la déception est de très courte durée. Car Laini Taylor possède l’art de bâtir une histoire aussi originale que puissante en utilisant pourtant des matériaux vus et revus. Par exemple, quoi de plus bateau que l’ancestrale lutte entre anges et démons ? Sauf qu’ici, il est bien difficile de dire qui est qui, les seraphim n’ayant rien d’anges pacifiques : conquérants de nature et élevés pour combattre, ils ont jadis réduit les chimères en esclavage, jusqu’à ce que ces dernières se rebellent – cet aspect non manichéen est d’ailleurs plaisant.

 

De toute façon, l’intrigue est tellement bien construite que tout finit par s’imbriquer, les principaux fils conducteurs aussi bien que les plus petits détails (comme le titre du roman, dont je déplore qu’il n’ait pas été conservé par la traduction française). Même l’habituellement exaspérant love at first sight finit par faire sens…tandis que le lecteur se rend compte qu’il s’est quand même bien fait balader. L’auteur prend en effet tout son temps pour nous présenter l’univers qu’elle a imaginé, nous décrire les différents mondes – celui de Karou, celui des chimères, celui des seraphim – qui vont entrer en collision, nous dérouler son histoire à la fois dans le présent et le passé (de nombreux flashbacks relatent en effet des évènements antérieurs à la rencontre de Karou et d’Akiva), et accessoirement nous permettre d’échafauder quelques hypothèses qui s’avèreront presque toutes fausses. Il faut attendre le dernier quart du roman pour commencer à comprendre de quoi il retourne exactement.

 

Un dernier quart auquel on brûle d’arriver tout en se surprenant à ralentir sa cadence de lecture de peur de parvenir trop vite à la fin. Une fois entamé, Daughter of Smoke & Bone est difficile à lâcher – mais l’ennui c’est qu’en plus de l’histoire, des personnages et des décors, on tombe également en amour avec la plume de Laini Taylor et on n’a surtout pas envie que ça s’arrête. Le roman est servi par une écriture absolument superbe, très poétique par moments, et incroyablement vivante : on n’a aucun mal à s’imaginer déambuler aux côtés de Karou dans les ruelles féériques de Prague ; ou en train de déguster un goulash au Poison Kitchen, restaurant favori de Karou et Zuzana (dont j’ai été très déçue d’apprendre qu’il était totalement fictif – d’ailleurs, je serais prête à céder quelques-unes de mes dents à Brimstone pour qu’il le rende réel !) ; ou bien encore en train de danser avec Madrigal au bal de Loramendi.

 

Anges et démons. Amour et trahison. Guerre et séparation. Conte complexe et envoûtant, fabuleusement bien écrit, Daughter of Smoke & Bone est le premier tome d’une trilogie dont on trépigne de connaître la suite…et un énorme coup de cœur en ce qui me concerne.

 

Par Caro

Mai 2012.

Commentaires
flof13 (posté le 23/05/2012 à 00:24:45)
Eh, mais tu me donnes carrément envie... en plus, l'univers a l'air plus qu'original pour le coup !! Je note !!!
Caro (Bev) (posté le 23/05/2012 à 17:49:33)
Oui, il y a beaucoup d'inventivité, alors que l'auteur a pourtant utilisé des ficelles très connues...C'est ce qui est très réussi dans ce roman. Plus l'écriture qui est véritablement superbe !
Cess (posté le 23/05/2012 à 23:27:19)
Ouh la je crois que je vais le sortir de ma PAL illico presto...
Cess (posté le 05/06/2012 à 22:19:35)
Je le lis :-)
Caro (Bev) (posté le 06/06/2012 à 17:16:41)
J'espère que aimeras autant que moi ! Hâte de voir ton avis !
MyaRosa (posté le 26/06/2012 à 11:48:12)
J'ai adoré aussi ! Vivement la suite !
Era (posté le 26/06/2012 à 16:35:39)
Youhouuuu c'est re-moi :D Rien que pour la couverture (VO), je le lirai x)
Caro (Bev) (posté le 26/06/2012 à 21:32:12)
@Mya : comme tu dis :) ______@Era : haha ! Superficielle va ! (dit la fille qui était bien contente de l'avoir acheté en VO quand elle a vu combien la couv' française était moche...lol).
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